vous êtes ici : accueil > Actualités > Finances
Après le « grand débat » et face aux critiques soulevées par le mouvement des « gilets jaunes », Emmanuel Macron promettait de rapprocher les services publics des citoyens, notamment par l’installation dans chaque canton d’une maison France Services. À Saint-Paul-de-Fenouillet, petite commune rurale des Pyrénées-Orientales, ces promesses semblent bien éloignées de la réalité.
Extrait ( article complet en pièce jointe) :
« La ruralité profonde ne fait pas la mendicité »
Pour l’instant, la commune possède toujours une trésorerie où les habitants du canton peuvent se rendre, tous les matins du lundi au vendredi. Sur les documents de travail de la DGFIP, que nous avons pu consulter, cette trésorerie se transformera en « accueil de proximité » dont Carole Delga, la présidente de la Région, estime que les « contours sont mal définis ». Elle craint que cela « n’abouti[sse] qu’à une augmentation des dépenses de fonctionnement pour les collectivités locales ».
Contactée, la DGFIP estime qu’il est « impossible aujourd’hui de dire ce que seront exactement ces points de contact tant que la concertation n’est pas close », avant de préciser que « d’un département à l’autre, cela pourrait revêtir plusieurs formes différentes ». Dans les communes où la trésorerie sera remplacée par un « accueil de proximité », plusieurs scénarios sont envisageables : la trésorerie pourrait fermer et la compétence pourrait être transférée à une MSAP ou à une nouvelle MFS – la trésorerie pourrait elle-même se transformer en MFS, ce qui obligerait les agents de la DGFIP à répondre à des questions relatives à d’autres organismes de service public. Les finances publiques pourraient aussi s’installer en mairie pour des permanences dont on ne connaît pour l’heure pas la fréquence. En somme, « personne ne sait pour l’instant ce qui va se passer exactement, on discute encore », assure la DGFIP.
« Nous avons choisi d’agir plutôt que de réagir », écrit Guy Lary à la fin d’un courrier de l’association des maires, des adjoints et de l’intercommunalité des Pyrénées-Orientales dont il est le président. Les habitants et les élus se mobilisent contre la suppression annoncée de 13 trésoreries sur 17 dans le département à l’horizon 2022, et les agents des finances publiques du département ont mené une grève tournante pendant plusieurs jours. La DGFIP assure pourtant qu’« aucune trésorerie ne sera fermée, du moins pas sans l’accord des élus locaux ». Elle affirme enfin que le « nouveau réseau de proximité » est toujours en cours de négociation.
À Saint-Paul-de-Fenouillet, le 10 octobre 2019, habitants, agents des finances publiques et plusieurs élus de la communauté de communes se sont eux aussi mobilisés devant la trésorerie de leur commune. Parmi eux, Vincent Paumard, secrétaire adjoint du syndicat Solidaires des finances publiques dans les Pyrénées-Orientales. Il estime que ces suppressions seront d’abord préjudiciables aux territoires ruraux : « Ils veulent faire croire aux habitants et aux élus locaux que les finances publiques seront plus présentes sur le territoire, mais on est très loin du compte. » Pour le syndicaliste, les maisons France Services comme les « points de contact » ne sont ni plus ni moins que des « coquilles vides ».
Vincent Paumard craint également que les quelques agents dédiés ne soient pas suffisamment formés pour répondre à des questions portant à la fois sur les retraites du régime général, les retraites du monde agricole, les allocations familiales, les impôts, etc. « Les habitants seront obligés pour avoir des informations précises de faire de longs trajets vers Perpignan, Prades ou Céret », trois villes qui se situent au minimum à une heure de voiture.
La communication de l’exécutif va pourtant à rebours de ce qu’il se passe sur le terrain. Le 17 octobre 2019, le ministre de l’action et des comptes publics Gérald Darmanin lançait un appel à candidatures, « destiné aux communes souhaitant accueillir des services des finances publiques actuellement localisés dans les métropoles » : « Pendant longtemps, l’État a trop eu tendance à concentrer tous les services administratifs dans les grandes métropoles. Nous voulons revenir sur cette politique pour renforcer notre présence dans les territoires. Cette démarche s’inscrit dans l’objectif fixé par le président de la République et le premier ministre de rapprocher les administrations de nos concitoyens. »
Article publié le 4 novembre 2019.