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M. le Président ne veut pas nous voir ni nous entendre (lire nos articles sur sa visite à Souillac ici pour la vue de l’extérieur,ici pour la vue de l’intérieur) mais il nous a écrit une lettre.
On aimerait faire semblant d’y croire à ce « grand débat ». Mais l’incrédulité est totale. Et ce n’est pas la lecture de la fameuse « lettre aux Français » qui rassurera les sceptiques. Tout y respire la manipulation. La missive commence par une magnifique profession de foi quasiment libertaire – « il n’y a pas de questions interdites ». C’est beau comme un graffiti de Mai-68… Mais, après cela, elle n’est plus qu’une longue liste d’interdits ou, à tout le moins, de contraintes pour un parcours balisé vers une destination très prévisible. Pas question par exemple de rétablir l’ISF. Puis, le Président fait mine de protester contre l’impôt « trop élevé », alors qu’il est simplement injuste, c’est-à-dire trop élevé pour les uns et insuffisamment pour les autres, trop de taxes et pas assez d’impôt progressif, trop de fraude et d’évasion fiscale ( 100 milliards par an ) , trop d’allègement sur l’imposition du capital, trop de réduction de l’impôt société..... mais cela n’est pas dans la grille d’analyse jupitérienne.
Et surtout pas un mot sur la principale dépense fiscale de l’Etat en 2 019 : le CICE ( 40 milliards, 1,8 % du PIB Français, pour un résultat négligeable sur l’emploi ) pas un mot sur les 70 milliards d’exonération de cotisation sociale en 2018 ( les employeurs ne supportent plus aucune cotisation sur les salaires au niveau du SMIC ( le Conseil d’Ananlyse Economique rattaché au Premier Ministre vient d’ailleurs d’indiquer dans une note que les exonérations et aides fiscales sur les salaires au dessus d’un niveau de 1,6 SMIC - ce qui est le cas du CICE- ont un effet NUL sur l’emploi ) , rien non plus sur le niveau record des profits en 2017 et les distributions de dividendes dont la France est championne d’Europe ( 57 milliards en 2018 ), rien sur la baisse de rendement organisée de l’impôt société et le fait que ce sont de plus en plus les particuliers qui supportent le poids de la fiscalité alors que celui-ci baisse constamment pour les grandes entreprises....
Extrait de la brochure fiscalité en ligne dont le marquage idéologique néo-libéral est criant :
Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par
rapport à leur utilité ?
Quels impôts faudrait-il prioritairement, réduire davantage ? Identifier le type de dépenses publiques à baisser si le choix est fait de poursuivre les baisses d’impôts.
Afin de réduire le déficit public de la France qui dépense plus qu’elle ne gagne, pensez-vous qu’il faut avant tout : (1 seule réponse possible)
– réduire la dépense publique
– augmenter les impôts
– faire les 2 en même temps
– je ne sais pas
Et il y a plus insidieux. Le Président veut bien baisser les impôts , mais à condition qu’on lui dise quel service public supprimer. Il nous dit en quelque sorte : « Mettez-vous à ma place de gestionnaire. » Il voudrait nous associer à sa logique : « Quelles sont les économies qui vous semblent prioritaires ? » Nous voilà recrutés dans sa start-up nation. C’est Bercy qui fait la leçon. Et sans oublier des questions d’une folle abstraction, du genre : « Comment voulez-vous que l’État soit organisé ? » Le plus savant des constitutionnalistes serait pris de vertige devant cet abîme.
Mais, évidemment, ce qui frappe c’est la sous-évaluation de la question sociale, pourtant à l’origine et au cœur du mouvement des gilets jaunes. Du coup, Emmanuel Macron n’est pas avare en propositions institutionnelles : vote blanc, proportionnelle, tirage au sort de citoyens non élus, référendums ?
En fait la stratégie présidentielle est surtout une affaire de calendrier, l’objectif est de gagner du temps, de tenir jusqu’à fin mars date à laquelle, en pleine campagne Européenne, Emmanuel Macron voudra piocher dans une profusion de réponses souvent contradictoires pour retenir ce qui rentre dans son carcan idéologique.
Le risque politique pris par Emmanuel Macron est considérable, pas pour lui, mais bien pour la démocratie tant la désillusion du vrai faux débat pourrait avoir des conséquences politiques d’une gravité extrême.
Alors, après lecture de la lettre présidentielle, que faire ? Pour la CGT, les choses sont claires : prendre le Président à son propre piège en imposant les thèmes dont il ne veut pas entendre parler.
Article publié le 22 janvier 2019.